En octobre, nos russophones Antoine et Roxane se sont rendus en Russie sur l’invitation de Daria Douguine.
La première partie du voyage se déroule à Moscou, capitale de la grande Russie, entre le 7 et le 10 octobre 2017.

 

Sur la Place Rouge à Moscou

 

 

Parmi les contacts intéressants noués là-bas, on peut noter :

 

L’Église orthodoxe russe vieille-ritualiste

La première visite de nos délégués fut au centre spirituel de l’Église orthodoxe russe vieille-ritualiste, une des églises de la branche orthodoxe des « vieux-croyants ».

Qui sont les « vieux-croyants » ?

Au milieu du XVIIème siècle, l’Église orthodoxe russe entreprend des réformes en vue de se « moderniser » et de se rapprocher des autres églises orthodoxes. Les Tsars soutiennent ces réformes, faisant de l’Église orthodoxe réformée dans ses rites et textes une véritable religion d’État. Un courant russe profond, essentiellement composé de classes populaires, refusa ces réformes pour rester fidèle aux traditions ecclésiastiques russes de l’origine. Ses partisans furent appelés les « vieux-croyants ».

La Russie connut donc une grande division dans son unité à partir du XVIIème siècle : d’une part apparut la Russie « cultivée », rapprochée de l’Occident et en voie de sécularisation, autour du pouvoir tsariste et de l’Église orthodoxe officielle (appelée aussi « nouvelle-croyante »). Et, d’autre part, il y eut la Russie des vieux-croyants : la Russie profonde, attachée à ses particularités, sans aucune volonté de se lier au reste de la Terre car considérant le monde russe traditionnel comme l’environnement le plus propice à l’élévation de l’homme vers Dieu. Les premiers se raccrochèrent à l’évolution prise par l’Occident, ce qui fut entre autre l’œuvre du Tsar Pierre le Grand, admirateur de la France. Les seconds n’aspiraient en aucun cas à rentrer dans l’univers naissant du rationalisme occidental, considérant que les anciens gestes et rituels russes étaient nécessaires pour se différencier du monde extérieur, et ainsi préserver un climat propre au mysticisme russe.

Les vieux-croyants furent persécutés par l’Église orthodoxe russe réformée, qui n’hésita pas à recourir à la torture et aux bûchers pour soumettre ces opposants. Nombre d’entre eux durent d’ailleurs s’exiler hors de Russie. Les vieux-croyants développèrent particulièrement une vision eschatologique du monde, considérant que celui-ci avait été privé de grâce et que l’Antéchrist y avait établi son règne – conviction particulièrement alimentée par leur histoire faite de bannissements et de persécutions.

Au début du XXème siècle, le Tsar Nicolas II élargit la liberté religieuse en Russie, ce qui fut profitable aux mouvements vieux-croyants, avant que ceux-ci ne soient persécutés comme tous les Orthodoxes par les bolcheviques.

Aujourd’hui, on les estime à un ou deux millions en Russie et leurs relations se sont améliorées avec l’Église orthodoxe russe officielle.

Il existe de nombreux mouvements et églises de vieux-croyants différents, mais l’église la plus répandue et la plus institutionnalisée est l’Église orthodoxe russe vieille-ritualiste, qui dispose d’un important centre spirituel à Moscou appelé Sloboda Rogojskaïa.

 

Quelques photos du centre :

 

On notera que le 31 mai 2017, Vladimir Poutine se rendit pour la première fois à la Sloboda Rogojskaïa, ce qui fut un événement d’une grande importance symbolique : c’était la première fois depuis le schisme orthodoxe (il y a plus de 350 ans) qu’un chef de l’État russe rendait officiellement visite à un centre spirituel vieux-croyant !

Nous nous sommes rendus nous aussi à la Sloboda Rogojskaïa afin de rencontrer ceux qui préservent le « Christianisme russe des origines » et, par là-même, sont particulièrement attachés à la préservation de la patrie et de l’identité russes.

 

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine est un philosophe et géopoliticien russe, à l’origine du « Mouvement International Eurasiste », qui a remis en avant la théorie eurasiste pour le début du XXIè siècle.

Qu’est-ce que l’eurasisme ?

L’eurasisme de M. Douguine a deux prérequis fondamentaux :

– Il est nécessaire de maintenir la diversité du monde par la multipolarité : le monde doit être divisé en plusieurs grands ensembles civilisationnels indépendants les uns des autres. Le temps de la nation isolée est révolu de facto, mais on ne peut accepter l’ordre mondial unipolaire et uniformisateur. Le monde est constitué de civilisations différentes, qui englobent plusieurs nations, et chacune de ces civilisations doit préserver son intégrité en affirmant ses propres systèmes politique, religieux, culturel, social, économique et anthropologique. Les grands ensembles civilisationnels reconnus sont généralement : l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud (ou Latine), l’Europe, la Russie-Eurasie, la Chine, l’Inde, le monde Islamique, l’Afrique et le Pacifique.

– La civilisation russe n’est pas plus européenne qu’elle n’est asiatique (si la Russie est plutôt liée à l’Europe par sa religion chrétienne, le Christianisme russe est conçu comme une religion en soi bien différenciée du Christianisme européen). Le monde russo-slave a donc ses particularismes. La Russie est une civilisation en elle-même, intermédiaire entre l’Occident et l’Orient : d’où la dénomination de « civilisation eurasiste ». La Russie doit donc œuvrer non seulement à affirmer son indépendance politique, mais aussi à se débarrasser progressivement des caractéristiques propres à la civilisation occidentale moderne dont elle est envahie. La Russie doit retrouver son identité propre à travers : l’amour du peuple russe, de son mysticisme, de sa langue, de sa terre, de sa culture et de sa philosophie et sa théologie orthodoxes.

 

Accompagnés de sa fille Daria Douguine, nous avons rencontré Alexandre Douguine à Moscou, dans les bureaux du mouvement eurasiste.

Alexandre Douguine et la Brigande Roxane

 

Nous n’entrerons pas dans les détails de cet entretien, mais celui-ci fut riche d’échanges nous permettant de faire connaissance avec quelqu’un qui, comme nous, s’oppose à l’ordre mondial unipolaire de l’Amérique. De plus, il nous a permis de mieux cerner certains aspects de la mentalité russe.

Selon Alexandre Douguine, la civilisation moderne de la technique ne tiendra pas sur le long terme en Russie. Cette civilisation est dans une certaine mesure adaptée à l’Occident, étant donné qu’elle s’est développée sur ce terrain, mais par contre elle ne correspond pas à la civilisation russe. Alexandre Douguine explique notamment que la vision de l’homme (qui conditionne l’entièreté de la société) diffère d’une civilisation à l’autre : en Occident, l’homme est « l’individu », alors qu’en Russie l’homme est « le peuple ». Selon lui : la civilisation occidentale fondée sur la conception occidentale de l’homme ne convient pas au monde russe, fondé sur une autre conception de l’homme, et c’est la raison pour laquelle la Russie devrait être amenée, probablement en traversant une crise importante, à rejeter cette civilisation technocratique occidentale. Nous sommes en tout cas d’accord pour dire que l’Occident ne pourra pas se défaire de son propre développement, qui l’a conduit à la civilisation technocratique que nous connaissons. L’Occident a développé la raison plus que tout autre ensemble civilisationnel. Ces derniers siècles ont vu le triomphe de la raison matérialiste et athée, au détriment de toutes les autres possibilités que pouvaient offrir les réflexions de l’esprit – lesquelles, en Europe, ont toujours été en premier lieu des marchepieds vers la spiritualité et la foi.

(Notre organisation en clan visant à former de nouvelles microsociétés est précisément fondée sur la conviction profonde que l’Occident ne pourra pas se défaire de la civilisation technocratique, civilisation qu’il a lui-même créée et développée).

 

Tsargrad TV

Le groupe médiatique Tsargrad a été fondé par l’oligarque patriote et orthodoxe russe Konstantin Malofeev, personnalité interdite de séjour dans l’Union Européenne et en Amérique du Nord pour ses positions politiques. Outre l’activité de Tsargrad, Konstantin Malofeev gère une fondation caritative orthodoxe et a financé une « école tsariste » remettant à l’honneur une éducation aristocratique près de Moscou. Il a aussi aidé la rébellion du Donbass.

 

Konstantin Malofeev

 

Nos délégués Antoine et Roxane ont été interviewés par la chaîne de télévision Tsargrad TV à Moscou. La chaîne a ensuite réalisé un court reportage sur Les Brigandes, que vous pouvez voir ci-dessous, sous-titré en français :

 

Voir l’original en russe : https://www.youtube.com/watch?v=z6DQHPdY6Hw

 

Le Kremlin, côté sud