« Il pérorait seul et se faisait écouter avec quelque droit comme un oracle. »

François-René de Chateaubriand

Un petit clin d’œil à Rivarol.
 
Extrait des Mémoires d’outre-tombe de François-René de Chateaubriand :

« Je fus invité à dîner avec mon frère chez le baron de Breteuil ; j’y rencontrai la baronne de Montmorency, alors jeune et belle, et qui meurt en ce moment ; des évêques martyrs, à soutane de moire et à croix d’or ; de jeunes magistrats transformés en colonels hongrois, et Rivarol que je n’ai vu que cette unique fois dans ma vie. On ne l’avait point nommé ; je fus frappé du langage d’un homme qui pérorait seul et se faisait écouter avec quelque droit comme un oracle. L’esprit de Rivarol nuisait à son talent, sa parole à sa plume. Il disait, à propos des révolutions : « Le premier coup porte sur le Dieu, le second ne frappe plus qu’un marbre insensible. » J’avais repris l’habit d’un mesquin sous-lieutenant-d’infanterie ; je devais partir en sortant du dîner et mon havresac était derrière la porte. J’étais encore bronzé par le soleil d’Amérique et l’air de la mer ; je portais les cheveux plats et noirs. Ma figure et mon silence gênaient Rivarol ; le baron de Breteuil, s’apercevant de sa curiosité inquiète, le satisfit : « D’où vient votre frère le chevalier ? » dit-il à mon frère. Je répondis : « De Niagara. » Rivarol s’écria : « De la cataracte ! » Je me tus. Il hasarda un commencement de question : « Monsieur va… ? – Où l’on se bat », interrompis-je. On se leva de table. »

 

Le même Chateaubriand qui écrivait à propos des jésuites, après les avoir défendu :

« Je dois avouer que les Jésuites m’avaient semblé trop maltraités par l’opinion. J’ai jadis été leur défenseur, et, depuis qu’ils ont été attaqués dans ces derniers temps, je n’ai dit ni écrit un seul mot contre eux. J’avais pris Pascal pour un calomniateur de génie, qui nous avait laissé un immortel mensonge ; je suis obligé de reconnaître qu’il n’a rien exagéré. (…)
Au surplus, l’audace est grande. Cette Congrégation, à peine rétablie, repoussée de toute part, suspecte au Sacré-Collège lui-même, n’en aspire pas moins à donner la tiare et à se mêler de toutes les affaires du monde. »

(Journal d’un conclave, 1829)

 

Et aujourd’hui, le journal Rivarol monte au secours des jésuites
mis à mal par les Brigandes !